What’s up, doc ?

3 semaines depuis le dernier billet, ça me paraît correct comme moment pour en écrire un nouveau !
Commençons par le chapitre self-centered. Ma candidature pour effectuer ma 3e (et dernière) année d’études à la Dublin City University a été acceptée ! Je vais donc y effectuer un Master of Telecommunications Engineering, major in Network Implementation, dans leur School of Electronic Engineering (c’est long comme un bras, je sais). Pour les curieux, voici la liste des modules parmi lesquels je dois choisir mon « menu » (dans le menu déroulant « select a program », choisissez celui dont je viens de donner le titre). Pour les flemmards, le programme – ou en tout cas celui des modules que je vais prendre – est un vue large des réseaux informatiques, des bases théoriques (maths et physique des protocoles, des signaux et de leur transmission) aux applications techniques, du bas niveau (programmation des protocoles réseaux pour les OS/logiciels) au haut niveau (programmation d’applications web). Mon but est d’obtenir un éventail de connaissances large de tout ce qui fait un réseau et comment ça fonctionne, plus que de me spécialiser dans un truc précis (de toute façon, j’aurais pas pu ne faire qu’un truc précis à donf). Après ça, côté « objectif pro », pour l’instant je m’intéresse plutôt au développement web ou réseau « back end », c’est-à-dire « ce qui se passe sous le capot » des applications utilisant le web (ou un réseau quelconque, comme une autre application d’Internet que le web – remember la différence entre web et internet ?) pour communiquer. C’est très large comme champ ; ça va de « simples » interactions entre un site web et sa base de données, à de l’implémentation de protocoles de communication (P2P par exemple) de logiciels. Pour simplifier : mon truc, c’est programmer des machins qui se servent d’un réseau – typiquement Internet – pour communiquer avec d’autres machins.
J’aurai donc, après un an (dont 3 mois de stage de recherche dans un labo de l’université) un double diplôme : la DCU d’une part et Télécom de l’autre. Et sur les 4 ans de ma scolarité en école d’ingé, j’en aurai fait 2 à l’étranger… pas trop mal. Je compte rentrer en France après – a priori. Et pour ne rien gâcher à ce futur chapitre dublinois, partiront avec moi pour suivre le même cursus (modulo le choix de leurs modules) ma significant other et 3 potes de Télécom. Et ouais, sur 19 étudiants de Télécom partant à l’étranger en 3e année, 5 partiront à Dublin… alors que personne n’a demandé ce cursus l’année dernière.

Côté news qui m’ont marqué ces derniers temps, il y a la révolution tunisienne. Je sais que les médias français ont TRÈS mal couvert ces événements, alors je vais vous faire un résumé. Tout commence dans la ville de Sidi Bouzid, quand un vendeur à la sauvette s’immole par le feu, par désespoir, après s’être fait arrêter par la police et avoir vu son stock de fruits et légumes pris par ces derniers. Cet « incident » met le feu aux poudres ; il faut savoir que la situation économique en Tunisie est mauvaise. Le pays est riche, grâce au tourisme par exemple, mais les familles du dictateur Ben Ali et de sa femme Leïla Trabelsi, complètement corrompues, agissent en véritables sangsues, et même les gens ayant fait des études supérieures se retrouvent à faire des petits boulots (comme vendeur à la sauvette) pour vivre, tout en payant un racket mafieux à la famille Trabelsi. Sur Internet, à la colère de la « classe moyenne » tunisienne exaspérée par cette corruption et la situation qu’elle créée, viennent s’ajouter des revendications de liberté – de presse, d’expression, par exemple. Lorsque le mécontentement virtuel commence à se traduire en manifestations bien réelles, organisées sur facebook ou twitter, le régime de Ben Ali se crispe : censure d’Internet, création d’un faux gmail (par exemple) et modifications par le fournisseur d’accès gouvernemental de pages web pour récupérer les logins et mots de passe des meneurs de la révolte, pour les arrêter ou faire passer de faux messages. Et bien plus grave : la police, qui se charge de réprimer les révoltes, commence à tirer à balles réelles dans la foule. Mais là, et c’est bien ce qui fut historique dans cette révolution, les révoltes ne furent pas matées, au contraire : elles gagnèrent de l’ampleur, gagnant toute la Tunisie. Sur Internet, des personnes ayant des compétences techniques apportent des preuves de la censure et de l’espionnage du gouvernement ; dans la vraie vie, des manifestations et grèves ont lieu partout dans le pays. La police continue de tirer à balles réelles dans la foule pendant que la télé gouvernementale diffuse un discours de Ben Ali promettant 300 000 emplois en quelques mois, pour tenter de calmer les foules…
Contrairement à ce qu’ont laissé penser les médias français, quand ils ont enfin commencé à traiter le sujet – plusieurs jours et dizaines de morts après le début des révoltes -, les manifestations n’étaient pas violentes ; en tout cas pas plus que nos manifs de lycéens. C’était bien juste la police de Ben Ali tirant sur des manifestants, rien de plus. C’est dans ce contexte que notre Michèle Alliot-Marie nationale, ministre des affaires étrangères, va prononcer un remarquable discours à l’Assemblée nationale : elle va… proposer l’aide et « l’expertise reconnue mondialement » de la police anti-émeutes française au régime tunisien, pour que – je cite – « le droit de manifester puisse être respecté, mais pas au détriment du droit de sécurité ». Et ouais, pendant que le peuple tunisien se soulevait pour virer Ben Ali, en réclamant l’instauration d’une démocratie laïque et respectueuse des droits de l’homme, le gouvernement du pays des droits de l’homme proposait à Ben Ali l’aide de sa police pour mater la révolte.
Heureusement, ce dernier a pas eu le temps d’accepter ; le même jour, les techniciens et journalistes de la chaîne de télévision gouvernementale se rebellent et diffusent des appels à la révolte. Pour Ben Ali, les jeux sont faits ; lui et sa famille fuient le pays en avion. Seuls quelques membres de la famille Trabelsi seront bloqués en Tunisie, à cause du refus du commandant de bord de décoller. Ben Ali, lui, a réussi à fuir, direction… ben, Paris bien sûr. Heureusement pour ce qu’il nous reste de dignité, devant le scandale déjà causé sur Internet par les propos d’Alliot-Marie (et sérieusement, vous pensez qu’un ministre aurait pu proposer l’aide de la police française à un pays étranger, de sa propre initiative ?), Sarkozy n’a pas d’autre choix que refuser à Ben Ali de lui accorder refuge. Ben Ali redécolle donc, direction son 2e choix : l’Arabie Saoudite, qui elle lui accorde refuge. Depuis, il vit dans le luxe là-bas.
En Tunisie, Ben Ali est parti mais son régime et sa police, devenue une véritable milice de pillards, sont toujours là. Depuis, plusieurs « présidents par intérim » se sont succédés : le premier ministre, le chef du parlement… Pendant ce temps, l’armée – restée neutre pendant la révolte – affronte les milices de Ben Ali. C’est d’ailleurs assez admirable, je trouve, que les chefs de l’armée n’aient pas profité de la situation pour prendre le pouvoir de force. A l’heure actuelle, 5 ou 6 – peut-être plus depuis – anciens ministres de Ben Ali ont déjà dû démissionner. Un blogueur, arrêté par la police au début des révoltes, est devenu ministre de la jeunesse et des sports ! Les exigences du peuple tunisien sont claires : l’ancien parti de Ben Ali, tout son régime, c’est fini. Ils veulent une démocratie, laïque et fondée sur les mêmes droits et libertés que les pays occidentaux. Pas d’islamistes, pas de terrorisme anti-américain, rien de toutes ces histoires. Le problème, c’est l’absence totale de partis politique, voire même de structure politique de base, dans le pays, après 23 ans de dictature de Ben Ali… Des élections, si elles étaient tenues maintenant, ne verraient qu’une nouvelle victoire des amis de Ben Ali. Alors pendant que le pays se construit progressivement une démocratie et tout ce qui va avec, le gouvernement est instable et l’armée s’occupe de la police de Ben Ali qui s’est retranchée par endroits. Et voilà où on en est aujourd’hui.
Petite anecdote en guise d’épilogue (même si l’histoire est loin d’être finie) : MAM a été auditionnée par le Parlement pour s’expliquer sur sa proposition abjecte d’envoyer la police française aider Ben Ali à réprimer les révoltes. Cette proposition, comme les 23 ans de support hypocrite à Ben Ali et son régime, sont en réalité basées sur une idée de realpolitik assez sale, mais compréhensible : si Ben Ali partait, son successeur pourrait être pire. Pire, non pas pour le peuple tunisien – ce serait dur, et surtout ils s’en foutaient -, mais pour nous : des islamistes pourraient soutenir le terrorisme et leur donner des bases d’opérations proches de l’Europe. Ben Ali étant proche des USA et n’étant pas particulièrement islamiste (même s’il s’est réfugié en Arabie Saoudite…), il fallait le garder en place. La France et de nombreux autres pays ont fait pareil en Afrique, les USA ont fait pareil en Amérique du sud à l’époque de l’URSS… Une belle hypocrisie à côté des grands discours pro-droits de l’homme, mais bon, revenons à la MAM. Devant le Parlement, plutôt que s’excuser de ses propos (quitte à trouver une excuse bidon)… elle a eu le culot de dire qu’on avait mal compris ce qu’elle proposait. Sur le compte de la fatigue et de la surprise, « personne n’ayant vu venir les événements ayant eu lieu » (personne qui regardait TF1 certes, mais sur Internet ça faisait des semaines que tout le monde en parlait), elle n’avait « peut-être pas été claire ». Pas d’excuses. Pas de retrait de ses propos. Oh, et parallèment à ça, un avion chargé de gaz lacrymogène et autre matériel policier, à destination de la Tunisie, a été bloqué avant son décollage d’un aéroport parisien. Mais le commandant de bord avait sûrement juste mal compris Michèle Alliot-Marie aussi… Et je doute que vous ayiez entendu parler de ça sur TF1.
Enfin bon, l’important n’est pas que notre gouvernement soit un ramassis d’hypocrites, de menteurs et de repris de justice (deux condamnations, notre cher ministre de l’intérieur d’Hortefire), mais qu’un peuple ait conquis sa liberté après 23 ans d’oppression. Félicitations à la Tunisie et aux tunisiens 🙂

Pour revenir à des sujets moins importants et plus détendus, histoire de conclure ce billet, je vais vite fait parler d’un truc que j’ai commencé récemment : le Project Euler. C’est un ensemble de petits problèmes numériques de difficulté croissante. Par exemple, un des premiers : trouver la somme des chiffres composant le nombre 2 puissance 1000. Tous ces problèmes – il y en a 320 actuellement  – sont conçus pour être résolvables par un programme informatique en moins d’une minute. Il faut juste trouver un algorithme qui marche 🙂 C’est assez rigolo et ça permet de réfléchir un peu tout en pratiquant un peu sa programmation (même si très peu de compétences dans ce domaines suffisent amplement !). J’en connais un qui devrait y jeter un oeil, il pourrait trouver ça sympa ! J’en profite très vite fait pour suggérer à ceux que ça intéresserait mais qui ne connaissent pas la programmation, s’ils veulent essayer vite fait, de le faire avec le langage Python. Voici un tutoriel super sympa, bien fait, en vidéo ou en texte (au choix), très simple d’accès (ça s’appelle pas « le site du zéro » pour rien), complet et la première partie et demie suffisent pour avoir les compétences d’ultra-base qu’il faut pour le projet Euler. Je n’exagère pas en disant qu’avec un langage simple d’apprentissage comme le Python, et un tuto comme celui-là, en 2 heures grand max une personne n’ayant jamais programmé de sa vie et n’ayant aucune connaissance préalable pourra s’attaquer aux problèmes du Project Euler. Alors n’hésitez pas à profiter de l’occasion pour vour servir un peu de vos cerveaux, plutôt que regarder bêtement la télé ! 🙂

Sur ce, je vais aller manger. Je vous annonce en avant-première la rédaction un jour proche d’un article sur « l’affaire Orange versus MegaUpload » qui fait pas mal parler sur Internet ces derniers temps, et le sujet de fond : l’avenir que veulent les fournisseurs d’accès pour Internet, et pour leurs clients : nous. A plus !

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