Petit résumé des événements ayant eu lieu en Tunisie et en Égypte [MàJ pour l’Égypte le 11 février]

Au vu de l’excellente couverture des révolutions tunisienne et égyptienne par les médias français (et surtout la télé), malheureusement un peu éclipsée par des sujets autrement plus importants comme le hand ou la Star ac’, je me suis dit qu’un petit résumé des infos glanées sur la Toile ne ferait de mal à personne. Je tiens à préciser tout de suite que c’est un résumé, donc ce n’est pas complet ! Ça restera néanmoins probablement mieux que la version de TF1… en tout cas j’espère. Allez, on y va par ordre chronologique.

La Tunisie

Avant les événements ayant conduit à sa chute, Zine el-Abidine Ben Ali (merci Wikipédia pour le nom complet !) a été « président de la République » pendant 23 ans. Entre guillemets, car c’était un bon vieux dictateur des chaumières : opposants politiques torturés, liberté de la presse rangée au fond des chaussettes, et racket de tous les commerces par la famille de sa femme, les Trabelsi. Entre autres. Et donc, malgré la relative « bonne santé » économique tunisienne – vu de l’extérieur -, la réalité était toute autre : une bonne partie de la « classe moyenne », éduquée, était pourtant obligée de vivre de petits jobs. À la corruption des dirigeants s’ajoute de fortes inégalités régionales… Voilà vite fait pour le contexte.
Les « événements » commencent le 17 décembre dernier, quand Mohamed Bouazizi s’imole par le feu. C’était un vendeur de fruits et légumes à la sauvette non autorisé, qui s’était fait confisquer son stock, puis malmener brutalement par la police quand il était venu demander une autorisation d’exercer son job et une restitution de son stock. Ce suicide – Bouazizi meurt début janvier de ses blessures – suscite une grande émotion, principalement dans la classe moyenne dont je parlais plus haut. Cette émotion tourne à la colère ; colère contre la corruption du régime et contre les inégalités régionales, facteurs auxquels s’ajoutent dans la jeune génération de tunisiens des aspirations de liberté. Des manifestations éclatent. Comme dans toute bonne dictature qui se respecte, la répression est dure. Les leaders de la « rébellion » s’organisent et informent l’extérieur via Facebook, Gmail, twitter… Ce qui conduit à des blocages de certains sites, ainsi qu’à un phishing des trois sites cités (et peut-être d’autres) par le gouvernement tunisien.
« Phishing ? C’quoi ça ? » Le phishing, c’est le fait de créer un site ressemblant comme deux gouttes d’eau à un autre – disons, Gmail – pour que les gens croient être sur l’original et y rentrent leur login et leur mot de passe. Ainsi, les gens derrière la copie récupèrent ces informations et peuvent espionner ou détourner les comptes des victimes. Naturellement, ces actes ont rapidement été repérés par des tunisiens ayant des compétences en informatique, ainsi que par les sites concernés, qui ont mis en oeuvre quelques mesures pour renforcer leur sécurité au profit des tunisiens.
Pendant ce temps, dans le monde réel, la police tire à balles réelles sur les manifestants. Des grèves ont lieu partout dans le pays, et la répression de plus en plus dure ne suffit pas à mater le mouvement. C’est à ce moment là, avec plusieurs dizaines de morts à déplorer, que la France propose l’aide de la police française au régime tunisien, pendant que le reste des pays occidentaux condamnent mollement les violences et appellent au calme. Les pays occidentaux ayant soutenu Ben Ali pendant ses 23 ans de dictature au nom d’une realpolitik hypocrite, ils allaient pas condamner ses massacres maintenant !
L’armée tunisienne est mobilisée, mais Ben Ali ne lui ayant jamais vraiment fait confiance, elle est sous-équipée et sous-entraînée, et elle ne prend aucune mesure contre les manifestants. Dans les coulisses, les militaires poussent Ben Ali au départ. Ce dernier tente un discours d’apaisement des foules, promettant de créer 300 000 emplois dans les mois à venir. Cela ne suffit pas : peu de temps après, les journalistes et techniciens de la chaîne de propagande gouvernementale se rebellent et diffusent des appels à la révolte. Le même jour, Ben Ali et sa famille fuient en avion vers Paris, où apparemment la famille de Ben Ali débarque, mais pas Ben Ali lui-même, qui s’envole de nouveau, direction l’Arabie Saoudite cette fois. C’était vraiment émouvant de vivre tout ça en direct sur twitter, au rythme des infos venant de Tunisiens.
Depuis, un nouveau gouvernement a été formé, mais le peuple tunisien réclame toujours le départ de tous les anciens membres du parti de Ben Ali. Organiser des élections maintenant ne ferait que signer le retour des anciens amis de Ben Ali, vu l’absence de structure démocratique – pas de partis, etc. Mais les tunisiens ne se laissent pas faire, les ministres venant de ce qui est maintenant l’ancien régime sont contraints à la démission un par un.

L’Égypte

L’exemple tunisien, relayé par Internet – et par des chaînes d’info comme Al Jazeera… mais pas TF1, étonnamment -, inspirent les égyptiens. Hosni Moubarak est au pouvoir depuis 30 ans, la liberté d’expression est inversement proportionnelle à la brutalité de la police, l’état d’urgence permanent justifie la « justice » arbitraire et la pauvreté est omniprésente, tout comme la corruption et le chômage. Des manifestations éclatent, organisée une fois de plus sur Facebook. La police réprime durement, comme en Tunisie, des tirs à balles réelles finissant par arriver. Néanmoins, l’Égypte va beaucoup plus loin que la Tunisie dans la censure : ils coupent tout l’Internet dans le pays, en ordonnant aux FAIs de « tout éteindre », basiquement (j’ai écrit cet article pour expliquer un peu plus comment l’Égypte a pu couper Internet). Les réseaux de téléphonie mobile (et de SMS donc) sont également touchés dans les grandes villes. Le but de ce blackout des moyens de communication est d’empêcher les manifestants de s’organiser, et aussi de réprimer aussi durement que Moubarak le veut sans que le monde entier ne le regarde.
Parlons-en, du monde entier. Les grands médias mettent beaucoup de temps, une fois de plus, à s’intéresser à cette nouvelle révolution. Les seuls à couvrir proprement les événements sont, une fois de plus, Al Jazeera ; quelques autres chaînes comme CNN reprenant pas mal de leurs infos. Je ne parle même pas de la France. Sur Internet en revanche, tout le monde suit avec beaucoup d’attention via twitter ou IRC. Après le black-out, des moyens alternatifs d’accéder à Internet se mettent en place : Telecomix, un groupe de hackers suédois, aidé de radio amateurs en Égypte, mettent au point une liaison radio par laquelle ils font passer de l’Internet. Ce même groupe, ainsi que FDN, un FAI associatif français, ouvrent un service d’Internet « à l’ancienne », via le réseau téléphonique fixe et des modems 28K ou 56K. Enfin bref, l’Internet trouve toujours son chemin !
La situation ne s’améliorant pas malgré la répression, l’armée est mobilisée. En Égypte, elle est beaucoup plus loyale au régime, mieux équipée et entraînée… mais une fois de plus, elle ne prend pas de mesures contre les manifestants ; au contraire, elle est accueillie dans la liesse par le peuple égyptien. Sentant le vent tourner, des responsables du régime (comme le fils de Moubarak, qui était présenti pour lui succéder, ce dernier ayant plus de 80 ans) et de riches égyptiens fuient en avion. Ce dernier tente la même chose que Ben Ali : un discours pour apaiser la foule. Il parle des problèmes de l’Égypte, promet des solutions, mais critique les manifestations (« la violence n’est pas une solution »), faisant remarquer que ces manifestations n’auraient pas été possibles sans les libertés qu’il a données aux égyptiens – et oui, il a son sens de l’humour. Il limoge également le gouvernement et en nomme un nouveau le lendemain, avec l’ancien chef du renseignement en tant que vice-président.
Cela n’arrête pas le mouvement révolutionnaire ; les militaires ne mettant pas en application le couvre-feu, les manifestations continuent. Dernière tentative en date de Moubarak : la police a évacué le Caire, et des unités de la police secrète mènent des missions de pillage et d’aggression. Le but étant de terroriser la population, qui rappellerait alors Moubarak pour rétablir l’ordre. Les populations se sont donc organisées en milices, aidées de l’armée, pour sécuriser les quartiers et monuments importants – comme le national museum. Voilà où on en est.
[MàJ 5 février] Près d’une semaine plus tard, une petite mise à jour des derniers développements. Dans la suite des raids de « pillards », des « protestants contre-révolutionnaires » pro-Mubarak (en réalité, des anciens prisonniers payés et/ou des membres de la police) s’en sont violemment pris aux manifestants, allant jusqu’à ouvrir le feu avec des fusils, faisant de nombreux blessés et morts. Dans un de ses discours, Mubarak a dit qu »il « voudrait bien partir », mais qu’il ne « peut pas », car sans lui c’est « le chaos ». Pour terroriser le peuple égyptien, il cause donc lui même ce chaos ; l’armée a reçu comme ordre de ne pas intervenir, et semble y obéir. Les manifestants ne prennent néanmoins pas peur et ne quittent pas, entre autre, la place Tahrir (« place de la libération » en arabe, un symbôle).
L’Internet a été rétabli après un discours de Mubarak, dans le double but de sembler faire des concessions et de lancer de fausses informations en ligne. Comme pour les anciens prisonniers payés pour créer du chaos et tuer des gens dans le monde réel, des gens sont payés pour diffuser des messages pro-Mubarak sur Internet. Ces deux tactiques font partie de la stratégie de Mubarak pour reprendre en main la situation.
Toujours part de cette stratégie, la police (en uniforme) est de retour dans les rues du Caire. Les journalistes sont les nouvelles cibles prioritaires : dans les rues, ils sont arrêtés ou violentés ; dans les hôtels, le personnel vient saisir leur matériel. Les locaux d’Al Jazeera (et peut-être d’autres) ont été la cibles de véritables raids. Mubarak cherche à priver l’extérieur d’informations sur ce qu’il se passe au Caire… et ce qu’il se passe, c’est toujours autant de répression. On a ainsi pu voir une vidéo d’une voiture de police passer en trombe dans une rue, renversant plusieurs manifestants…
Aujourd’hui, Mubarak a annoncé sa démission, non pas en tant que président, mais en tant que chef du parti au pouvoir. On peut voir ça comme une tentative de compromis, encore une fois, ou autrement… Le Times semble dire qu’Obama supporte l’idée d’une transition démocratique menée par le général Soleiman, l’actuel vice-président. Mais les promesses et concessions de Mubarak, tout comme la girouette diplomatique américaine et le toujours aussi honteux silence radio français n’intéressent pas les égyptiens. Mubarak s’accroche au pouvoir par tous les moyens, les pays étrangers n’ont que faire des égyptiens et ne pensent qu’à leurs intérêts propres (tous les beaux discours sur la démocratie étant du joli pipeau) ; les égyptiens, eux, veulent la démocratie et ne semblent pas prêts à chercher un terrain d’entente avec un dictateur, que ce soit Mubarak ou Soleiman. Voilà pour la mise à jour.
[MàJ 11 février] Après un dernier discours où il annonçait vouloir rester jusqu’en septembre et résister aux pressions extérieures, Moubarak a finalement démissionné aujourd’hui, laissant le pouvoir à l’armée. C’est donc passer d’une dictature à une autre, mais c’est un début. Il faut maintenant espérer que les égyptiens réussissent à établir une vraie démocratie dans les semaines/mois à venir, et ne retombent pas juste sous la coupe d’un nouveau dictateur comme Soleiman – malgré le soutien des USA envers ce dernier.

Voilà ! J’espère que je vous ai appris deux trois trucs sur ce qui s’est passé en Tunisie, et ce qui se passe en ce moment même en Égypte. La couverture médiatique étant minable, et la réaction de nos politiciens encore pire, informer un peu les gens est le moins qu’on puisse faire ! On pourra également noter au passage l’importance vitale qu’a eu Internet dans ces deux mouvements. Les deux révolutions ont pris leur source dans le monde réel, et non pas sur WikiLeaks ou autre… mais elles se sont organisées, et ont communiqué avec l’extérieur sur le Net. Ce dernier a été la première cible du gouvernement pour tenter de tuer les mouvements révolutionnaires, l’Égypte étant allée jusqu’à le couper intégralement. Cela fait regarder d’un nouvel oeil les lois qui s’enchaînent en France – comme ailleurs, dans une moindre mesure – dans le sens d’un contrôle de plus en plus serré d’Internet… Un Internet libre et neutre est, aujourd’hui, une condition nécessaire à une démocratie saine, et cette idée s’est attirée de nombreux ennemis ; on l’a vu dans les événements récents… et j’espère qu’on aura pas à en avoir la démonstration chez nous, mais ça pourrait bien arriver.
Allez, promis, les prochains billets seront sur des sujets moins sérieux 😉

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12 commentaires pour Petit résumé des événements ayant eu lieu en Tunisie et en Égypte [MàJ pour l’Égypte le 11 février]

  1. Chachougi dit :

    Bonjour,

    Episodes révolutionnaires très bien résumés, je n’avais pas tout compris, vous m’avez un peu éclairée, merci ! 😉

  2. Yann dit :

    Voilà un résumé bien fait, clair et instructif.
    Merci !

  3. Anne dit :

    Je cherchais justement à y voir plus clair et je suis tombée sur ce post. Merci, j’ai exactement trouvé ce que je cherchais.

  4. Margaux dit :

    Mercii beaucoup !
    j’ai un examen lundi sur ce sujet et je ne comprenais rien ! Grace a ce petit résumé je suis sauvée!
    encore un grand merci

  5. lea dit :

    merci beaucp pour ce resume 🙂
    il est vraiment super clair et complet a mon gout !

  6. Skaten3 dit :

    Merci beaucoup pour ce résumé ! Je dois réaliser un article de presse sur les évènements en Afrique du Sud et ce résumé est le plus solide que j’ai trouvé: j’ai tout compris grâce à cela ! Bon boulot 🙂

  7. Nolwenn dit :

    Merci bien pour toutes ces explications qui me permettent d’aller à l’essentiel avant le partiel de demain matin 😉

  8. Anonyme dit :

    Dans le cadre des oraux de mes concours, je dois me tenir informé de l’actualité pour répondre, or comme toute bonne étudiante sans télé qui ce respecte, j’ai aucune idée de ce qui se passe en france et ailleur dans le monde. Merci pour ce résumé qui est donc très instructif ;).

  9. Anonyme dit :

    Merci encore pour ce résumé, un an après les évènements, il permet de remettre les choses au clair !!! Continuez ça nous interesse, bravo!!!!

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