In(ternet) Memoriam

L’actualité de ces derniers temps, qu’elle soit internationale (avec la Chine, la Tunisie, l’Égypte, la Libye…) ou nationale (LOPPSI, Hadopi…), m’a donné envie d’écrire cet article, sur la gigantesque mémoire collective qu’est Internet. Le net grandit, les technologies se développent et les usages évoluent, et tout ça dans plusieurs directions. Du partage de la culture à l’Internet des objects, il est impossible de dire à quoi ressemblera l’Internet de demain, mais il est une chose que l’on sait déjà, et qui restera valide : Internet n’oublie jamais.

Internet a révolutionné les moyens et les façons de communiquer. La télévision, la radio, même les journaux dans une moindre mesure, sont des médias de l’instant. Une fois le visionnage du JT terminé, il est oublié. Il existe bien des archives, mais elles sont peu accessibles et peu accédées. Internet, quant à lui, est encore plus instantané pour ce qui est de la génération du contenu, encore plus universel également. Mais en revanche, Internet n’oublie pas. Tout ce qui y entre, y reste. Quand vous avez fini de lire un article d’un site d’information, vous pourrez le retrouver demain, dans un mois, dans un an… Cette pérennité de l’information est quelque chose à laquelle on a inconsciemment commencé à s’habituer : on a maintenant le réflexe d’aller chercher sur Google, ou sur Wikipédia, les informations que l’on recherche.

En plus, Internet voit tout. Le contenu est généré par tous les utilisateurs, au niveau mondial. L’imprimerie de Gutemberg, en ouvrant la lecture à tous, a ouvert l’accès au savoir à tous. La télé, la radio… n’ont fait que faciliter cet accès, ou ses modalités (images, son…). Internet va beaucoup plus loin : il ouvre l’accès à la génération du savoir à tous. Il n’y a plus de contrôle du matériel lisible ou visionnable par une « élite » limitée à quelques rédactions, éditeurs ou chaînes de télévision. La nature mondiale et ouverte du « crowdsourcing » d’Internet permet de repérer très vite toute tentative de censure, de mensonge ou de manipulation, quel que soit le domaine.
Je vais développer ces trois points un peu. Pour la censure, on parle d’effet Streisand. Quand WikiLeaks a commencé à publier les milliers de câbles diplomatiques américains, il a subit de nombreuses attaques de la part de nombreux acteurs, visant à censurer le site. En France, notre fantastique ministre de l’industrie, de l’énergie et de l’économie nuumérique, a ainsi tenté de faire interdire l’hébergement du site sur le sol français. Et bien, ces tentatives de censure ont été très mal vues par les internautes, et des dizaines de « miroirs », c’est-à-dire des copies du site hébergées par d’autres personnes, ont vu le jour. Les « hacktivistes » de Télécomix ont ainsi lancé le service streisand.me, pour mettre en correspondance des gens disposant de capacités d’hébergement sur Internet et des gens vivant dans des pays censurant le web, afin que ces derniers puissent « faire mirrorer » leur sites par les premiers. Ainsi, Internet dénonce la censure dont il peut faire l’objet, et le rend inefficace en dupliquant le contenu aux quatre coins du monde. On pourrait également parler du cache de Google, par exemple, qui fait qu’un site venant de disparaître, même non mirroré, ou même juste modifié… est encore trouvable sur Internet dans son ancien état.
Pour ce qui est du mensonge, un excellent exemple est la pratique appelée « fact-checking » en politique. Pendant le dernier discours de Sarkozy par exemple, de nombreuses personnes recherchaient sur Internet pour vérifier la véracité de chacune de ses affirmations, soulignant instantanément les mensonges (pardon, « contrevérités« ) qu’il énonçait. Même si un journaliste télévisé avait voulu avoir l’audace de souligner les mensonges du président, il n’aurait pas pu avoir le savoir nécessaire pour citer les chiffres, les dates, etc., prouvant l’inexactitude des propos.
Enfin, la dissimumation. Cela peut s’approcher de la censure dans certains cas. On citera ainsi par exemple le fait que toutes les photos de la rencontre entre Sarkozy est Khadafi en 2007 ont été supprimées du site de l’Élysée (souvenir embarrassant maintenant que ce dernier massacre son peuple avec des armes vendues par la France). On peut également parler des sujets que les JT n’abordent pas pour diverses raisons, politiques ou purement marketing (« ah non, on parle pas d’Hadopi, c’est trop geek ; parlez plutôt des mannequins de mode, avec des gros plans sur les fesses et les seins »). Ce genre de dissimulation, volontaire ou non, de sujets d’actualité n’existe pas sur Internet. Il n’y a pas de filtre d’entrée. Vous pourrez trouvez les seins de tous les mannequins du monde, mais aussiles chiffres des ventes d’armes de la France à la Libye et aux autres dictatures. Que cela plaise ou non à certaines personnes.

Internet n’oublie pas. Il a des yeux, des oreilles partout dans le monde. Et les vidéos, les images, le texte… une fois entrées sur le réseau, elles y restent pour de bon, peu importe la quantité d’efforts déployés pour les faire disparaître. Cela va amener à changer la façon de faire du journalisme (fact-checking, par exemple), de la politique (regard citoyen permanent : éthique des gouvernements surveillée)… Certains refusent cette (r)évolution, par peur, passéisme ou intérêt à ce que les choses restent telles qu’elles étaient. D’autres tentent de contrôler ça, ou de limiter les dégâts. Tout cela est perdu d’avance, cela ne fait que ralentir le phénomène, et surtout ridiculiser ces gens. Internet, comme Sega, c’est plus fort que toi. La démocratie, les libertés de chacun, s’en retrouveront renforcées ; la vie publique deviendra plus participative, plus ouverte et transparente. Toute entité s’y opposant ne fait que nager à contre-courant… et lorsqu’on se prête à ce jeu, la fin est toujours la noyade.

Quelques ressources supplémentaires sur les sujets évoqués :
[1] Mémoire Politique, un ensemble d’outils pour trouver son députés, ses informations, et suivre ses votes.
[2] Streisand.me, le service de mirroring lancé par Telecomix.
Ce sont les deux exemples qui me sont instantanément venus à l’esprit, il y en a bien plus. Si vous avez plus de noms de services de lutte contre la censure, le mensonge et la dissimulation sur Internet, je suis preneur !

Publicités
Cet article, publié dans Internet, est tagué , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour In(ternet) Memoriam

  1. Ping : Tweets that mention In(ternet) Memoriam | Un an en Californie -- Topsy.com

  2. Ping : Petit résumé des événements ayant lieu en Libye [MàJ le 14 mars] | Un an en Californie

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s