Quand sommes-nous devenus ceux que nous n’étions pas ?

Cet article est une traduction de « When did we become the ones we weren’t? » de Rick Falkvinge sur TorrentFreak. Petite remarque : l’article orignal a été écrit le 2 février, avant la fin du régime de Moubarak. Les passages en gras le sont dans le texte original. J’ai trouvé que ce texte était terriblement juste et plein de vérité, et méritait une traduction dans la langue de Molière pour ceux qui n’understand pas celle de Shakespeare.

Quand sommes-nous devenus ceux que nous n’étions pas ?

Les événements récents en Égypte me rendent très mal à l’aise. Pas les manifestations pour la démocratie – je les soutiens par la pensée et par mes actions – mais le fait que le régime utilise pour sa répression des technologies de surveillance développées par des entreprises occidentales, sous contrat avec les autorités occidentales.

Je suis un enfant de la Guerre Froide. Je me souviens des années 80 et j’ai grandi dans un monde différent de celui d’aujourd’hui. Par dessus tout, la politique internationale comme la vie de tous les jours étaient influencées par la Guerre Froide entre les États-Unis et l’Union Soviétique.

La menance d’une guerre nucléaire était présente. Dans la vie quotidienne, tout le temps.  Vous n’êtiez pas sûr, en vous couchant, que le monde existerait toujours le lendemain. Il est difficile d’imaginer ça si vous ne l’avez pas vécu, mais laissez-moi illustrer ce sentiment avec une chanson que la plupart des gens ont entendu, « Forever Young » d’Alphaville. Une ballade magnifique qui fait danser les gens joue contre joue puis rentrer chez eux ensemble. Combien ont pris le temps d’écouter ce dont cette chanson parle vraiment ? Il suffit de jeter un oeil aux quatre premières lignes :

Dansons avec style, danson un moment,
Le paradis peut attendre, on regarde juste les cieux,
Espérant le meilleur mais s’attendant au pire:
Allez-vous lâcher la bombe ou non ?
(paroles originales : Let’s dance in style, let’s dance for a while,
Heaven can wait, we’re only watching the skies,
Hoping for the best but expecting the worst:
Are you gonna drop the bomb or not?)

Les attaques des gouvernements du monde entier sur les libertés individuelles et la vie privée en ce moment sont motivées par l’affirmation que le monde est devenu plus dangereux qu’il ne l’était dans les années 80. Tout personne suggérant cela ment comme un arracheur de dents. La pire chose qui peut arriver aujourd’hui est qu’un taré se fasse exploser dans un bus de l’autre côté du continent.

Bien que cela serait évidemment horrible, cela n’arrive pas à la cheville de la fin du monde. Cette peur était omniprésente dans les années 80, en permanence, à l’idée qu’un faucon de guerre, ou une erreur humaine, ou un malentendu, déclenche littéralement la fin du monde avec un avertissement de 30 minutes.

Pouvez-vous imaginer quand cette course sera gagnée ?
Tourner nos visages dorés vers le soleil…
Voulez-vous vraiment vivre pour toujours ?
Toujours jeunes.
(
Paroles originales : Can you imagine when this race is won?
Turn our golden faces into the sun…
Do you really wanna live forever?
Forever young.)

N’essayez pas de me faire abandonner mes droits par la peur en balançant le mot « terrorisme » à tout va. Le monde n’est pas devenu plus dangereux du tout !

Les gens qui étaient jeunes dans les années 80 dançaient joue contre joue sur des musiques parlant de guerre nucléaire et d’annihilation totale. Ça vous dit à quel point la peur était présente. C’est une sacrée coïncidence que Forever Young soit sortie précisemment en 1984.

Parce qu’au milieu de ça, il y avait aussi une forte polarisation. J’ai grandi en Suède, qui faisait partie de l’Ouest. Et toute l’identité de l’Ouest était « nous ne sommes pas eux ». « Eux », c’était le bloc de l’Est, l’Union Soviétique, la Superpuissance Rouge. « Eux » était ceux qui espionnaient leurs propres citoyens et les privaient de libertés individuelles fondamentales et de vie privée. Ceux qui mettaient les téléphones de leurs citoyens sur écoute, qui ouvraient discrètement leurs lettres.

« On » était ceux qui, à tout prix, se dresseraient pour les droits des gens contre leur gouvernement. Bien sûr, c’était peut-être une illusion, mais c’était néanmoins notre identité.

On m’a dit que le gouvernement d’Allemagne de l’Est avait des registres d’invités dans chaque immeuble. Toute personne en visitant une autre devait l’écrire dans ces registres, de sorte que le gouvernement puisse savoir qui était en contact avec qui. C’était horrible. Ces registres appartenaient au gouvernement.

En ce moment, des États en Europe et des agences aux États-Unis mettent en place la conversation des données de télécommunications, pour que les gouvernements puissent savoir qui a été en contact avec qui, quand, combien de temps, et même d’où.

Où est la différence ? Où est la différence ?

J’ai regardé ça encore et encore, et je me rends compte avec effroi que je n’en vois aucune.

Cette technologie est utilisée contre les citoyens égyptiens aujourd’hui. L’Égypte utilise des équipements prêts à l’emploi fabriqués ici en Occident avec des fonctionnalités natives de surveillance. Cette surveillance utilisée en Égypte a été conçue sur demande des gouvernements occidentaux pour être utilisée sur des citoyens occidentaux.

Nous n’étions pas eux. Nous savions tous ça. Comment sommes-nous devenus eux ? Quand sommes-nous devenus eux ?

Avons-nous oublié à quel point nous étions horrifiés ?

Avons-nous oublié que les gens pouvaient choisir entre la dangereuse Allemagne de l’Ouest, avec ses terroristes bien réels et son chômage ravageur dans les années 80, et la sûre et surveillée Allemagne de l’Est où tout le monde avait un emploi garanti et où le crime était virtuellement inexistant, et comment des gens risquaient leurs vies pour courir à l’ouest quand la chance se présentait ? Et que, malheureusement, ils étaient trop souvent tués en essayant ? C’était une chose pour laquelle les gens étaient prêts à mourir, préférant une société avec de très réels terroristes à une société qui les avait éliminés.
Nous défendions les libertés à travers le monde. Nous étions le phare éclairant le droit des gens à une vie privée. Nous étions l’opposé de Big Brother. Et aujourd’hui, nous voyons de la surveillance en Égypte que nos gouvernements ont commandé pour les utiliser contre nous. Ce qui est utilisé contre le peuple égyptien peut et sera utilisé contre nous.

Quand sommes-nous devenus ceux que nous n’étions pas ?

Publicités
Cet article, publié dans Divers, Internet, Libertés, est tagué , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Quand sommes-nous devenus ceux que nous n’étions pas ?

  1. Ping : Tweets that mention Quand sommes-nous devenus ceux que nous n’étons pas ? | Un an en Californie -- Topsy.com

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s