In(ternet) Memoriam

L’actualité de ces derniers temps, qu’elle soit internationale (avec la Chine, la Tunisie, l’Égypte, la Libye…) ou nationale (LOPPSI, Hadopi…), m’a donné envie d’écrire cet article, sur la gigantesque mémoire collective qu’est Internet. Le net grandit, les technologies se développent et les usages évoluent, et tout ça dans plusieurs directions. Du partage de la culture à l’Internet des objects, il est impossible de dire à quoi ressemblera l’Internet de demain, mais il est une chose que l’on sait déjà, et qui restera valide : Internet n’oublie jamais.

Internet a révolutionné les moyens et les façons de communiquer. La télévision, la radio, même les journaux dans une moindre mesure, sont des médias de l’instant. Une fois le visionnage du JT terminé, il est oublié. Il existe bien des archives, mais elles sont peu accessibles et peu accédées. Internet, quant à lui, est encore plus instantané pour ce qui est de la génération du contenu, encore plus universel également. Mais en revanche, Internet n’oublie pas. Tout ce qui y entre, y reste. Quand vous avez fini de lire un article d’un site d’information, vous pourrez le retrouver demain, dans un mois, dans un an… Cette pérennité de l’information est quelque chose à laquelle on a inconsciemment commencé à s’habituer : on a maintenant le réflexe d’aller chercher sur Google, ou sur Wikipédia, les informations que l’on recherche.

En plus, Internet voit tout. Le contenu est généré par tous les utilisateurs, au niveau mondial. L’imprimerie de Gutemberg, en ouvrant la lecture à tous, a ouvert l’accès au savoir à tous. La télé, la radio… n’ont fait que faciliter cet accès, ou ses modalités (images, son…). Internet va beaucoup plus loin : il ouvre l’accès à la génération du savoir à tous. Il n’y a plus de contrôle du matériel lisible ou visionnable par une « élite » limitée à quelques rédactions, éditeurs ou chaînes de télévision. La nature mondiale et ouverte du « crowdsourcing » d’Internet permet de repérer très vite toute tentative de censure, de mensonge ou de manipulation, quel que soit le domaine.
Je vais développer ces trois points un peu. Pour la censure, on parle d’effet Streisand. Quand WikiLeaks a commencé à publier les milliers de câbles diplomatiques américains, il a subit de nombreuses attaques de la part de nombreux acteurs, visant à censurer le site. En France, notre fantastique ministre de l’industrie, de l’énergie et de l’économie nuumérique, a ainsi tenté de faire interdire l’hébergement du site sur le sol français. Et bien, ces tentatives de censure ont été très mal vues par les internautes, et des dizaines de « miroirs », c’est-à-dire des copies du site hébergées par d’autres personnes, ont vu le jour. Les « hacktivistes » de Télécomix ont ainsi lancé le service streisand.me, pour mettre en correspondance des gens disposant de capacités d’hébergement sur Internet et des gens vivant dans des pays censurant le web, afin que ces derniers puissent « faire mirrorer » leur sites par les premiers. Ainsi, Internet dénonce la censure dont il peut faire l’objet, et le rend inefficace en dupliquant le contenu aux quatre coins du monde. On pourrait également parler du cache de Google, par exemple, qui fait qu’un site venant de disparaître, même non mirroré, ou même juste modifié… est encore trouvable sur Internet dans son ancien état.
Pour ce qui est du mensonge, un excellent exemple est la pratique appelée « fact-checking » en politique. Pendant le dernier discours de Sarkozy par exemple, de nombreuses personnes recherchaient sur Internet pour vérifier la véracité de chacune de ses affirmations, soulignant instantanément les mensonges (pardon, « contrevérités« ) qu’il énonçait. Même si un journaliste télévisé avait voulu avoir l’audace de souligner les mensonges du président, il n’aurait pas pu avoir le savoir nécessaire pour citer les chiffres, les dates, etc., prouvant l’inexactitude des propos.
Enfin, la dissimumation. Cela peut s’approcher de la censure dans certains cas. On citera ainsi par exemple le fait que toutes les photos de la rencontre entre Sarkozy est Khadafi en 2007 ont été supprimées du site de l’Élysée (souvenir embarrassant maintenant que ce dernier massacre son peuple avec des armes vendues par la France). On peut également parler des sujets que les JT n’abordent pas pour diverses raisons, politiques ou purement marketing (« ah non, on parle pas d’Hadopi, c’est trop geek ; parlez plutôt des mannequins de mode, avec des gros plans sur les fesses et les seins »). Ce genre de dissimulation, volontaire ou non, de sujets d’actualité n’existe pas sur Internet. Il n’y a pas de filtre d’entrée. Vous pourrez trouvez les seins de tous les mannequins du monde, mais aussiles chiffres des ventes d’armes de la France à la Libye et aux autres dictatures. Que cela plaise ou non à certaines personnes.

Internet n’oublie pas. Il a des yeux, des oreilles partout dans le monde. Et les vidéos, les images, le texte… une fois entrées sur le réseau, elles y restent pour de bon, peu importe la quantité d’efforts déployés pour les faire disparaître. Cela va amener à changer la façon de faire du journalisme (fact-checking, par exemple), de la politique (regard citoyen permanent : éthique des gouvernements surveillée)… Certains refusent cette (r)évolution, par peur, passéisme ou intérêt à ce que les choses restent telles qu’elles étaient. D’autres tentent de contrôler ça, ou de limiter les dégâts. Tout cela est perdu d’avance, cela ne fait que ralentir le phénomène, et surtout ridiculiser ces gens. Internet, comme Sega, c’est plus fort que toi. La démocratie, les libertés de chacun, s’en retrouveront renforcées ; la vie publique deviendra plus participative, plus ouverte et transparente. Toute entité s’y opposant ne fait que nager à contre-courant… et lorsqu’on se prête à ce jeu, la fin est toujours la noyade.

Quelques ressources supplémentaires sur les sujets évoqués :
[1] Mémoire Politique, un ensemble d’outils pour trouver son députés, ses informations, et suivre ses votes.
[2] Streisand.me, le service de mirroring lancé par Telecomix.
Ce sont les deux exemples qui me sont instantanément venus à l’esprit, il y en a bien plus. Si vous avez plus de noms de services de lutte contre la censure, le mensonge et la dissimulation sur Internet, je suis preneur !

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Des nouvelles de la France

Et promis, cet article sera d’une longueur raisonnable ! 😉

Ces derniers jours, en France, pendant que c’était le bordel dans le reste du monde…

La loi LOPPSI a été définitivement votée.

Nous allons donc pouvoir profiter de :

  • la censure administrative (= sans juge) du net, sans recours possible car la liste des sites censurés sera secrète ;
  • nous allons voir les caméras de vidéosurveillance fleurir partout ;
  • des « policiers volontaires » (un peu comme des réservistes dans l’armée), formés sur le tas, ayant le droit de dresser des procès verbaux… et de porter une arme. Vive la milice ;
  • et j’en passe, comme le droit pour les policiers d’installer des logiciels espions sur les ordinateurs des gens.

« Selon Ars Technica, Der Spiegel, et The Register, la France s’est dotée de la loi la plus répressive du monde en matière de cybercriminalité, passant devant l’Australie, déjà réputée pour sa sévérité en la matière », nous dit Wikipédia. Rappel : l’Australie censure ouvertement Internet, interdisant (pour citer un exemple anecdotique mais révélateur) les images pornographiques d’actrices ayant de trop petits seins, car cela « n’intéresse que les pédophiles ».
Il est intéressant de préciser que cette loi ultra-répressive, ultra-sécuritaire, a été vivement critiquée par les services secrets (comme la Hadopi), car elle pousse des gens normaux vers le chiffrement (de leurs téléchargements, de leurs e-mails…) pour échapper à l’œil du Big Brother que nous construit le gouvernement. Le chiffrement, autrefois l’apanage des professionnels et des gens louches – donc une population réduite, permettant de faciliter l’identification des suspects -, s’il se généralise, transformera les communications des gens louches en aiguille dans une botte de foin.

Le débat contre la neutralité du net a été lancé.

Je dis bien « contre », par « sur », puisqu’il a été lancé par Éric Besson – ministre de l’industrie, de la finance et de l’économie numérique – au nom du gouvernement, qui épouse les positions des lobbys, et que la majorité des individus conviés à ce « débat » sont de grandes entreprises ayant toutes intérêt à la fin de la neutralité d’Internet. Je ne détaillerai pas ce qu’est la neutralité, ou pourquoi c’est vital à l’innovation et à la liberté d’expression sur Internet, je l’ai déjà fait dans cet article (à la fin, paragraphe « neutralité du net ») ; mais pour rappel, voici une petite image montrant à quoi pourrait  très probablement ressembler un Internet non-neutre :

Internet non-neutre

Le futur d'Internet ?

Vous noterez peut-être que certains sites n’apparaissent pas dans la catégorie qui va bien (genre, Dailymotion pour les vidéos). Dans ce futur, ça ne veut pas dire que Dailymotion serait accessible normalement sans payer plus, mais que Dailymotion ne serait PAS accessible, ou alors à un débit bridé minable, quelle que soit l’offre à laquelle on souscrit.
Enfin bref, la neutralité va probablement disparaître au profit de gens voyant l’Internet comme un centre commercial géant et rien d’autre, grâce à des lois votées par des gens obéissant docilement aux ordres de leurs patrons, ces derniers ne comprenant rien à Internet mais comprenant le langage parlé par les lobbys : l’argent.

Une petite bonne nouvelle quand même : le gouvernement a récemment tenté de faire nommer un commissaire le représentant au sein de l’ARCEP, l’autorité de régulation des communications électroniques et des postes. Cette autorité régule donc le monde des télécoms, c’est-à-dire les FAI ou les opérateurs de téléphonie. Le dossier de la 4e licence 3G, par exemple, est dans ses mains. C’est une autorité indépendante, mais le gouvernement a voulu placer un commissaire en son sein, ayant entre autres le pouvoir de mettre des choses à l’ordre du jour des réunions… C’est rigolo, quand on sait que l’ARCEP a pris quelques décisions allant dans le sens contraire des envies du gouvernement, ces derniers temps. Et bien, cette tentative de mise au pas d’un des quelques contre-pouvoirs restants debout chez nous a échoué, le Sénat ayant rejeté cette proposition !

Voilà ! Le billet est court, comme promis. Ça va pourrir ma moyenne 😉

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Des nouvelles du front

Ben Ali est parti de Tunisie il y a presque un mois, et on peut avoir quelques nouvelles du pays dans cet article de Rue89 (et une petite chanson en prime !). Moubarak a fuit l’Égypte il y a quelques jours, et maintenant l’armée a pris le pouvoir ; elle a récemment dissout le Parlement et suspendu la constitution. Le futur des deux pays est encore difficile à prédire – ce qui est normal, ils sortent juste d’une révolution ! -, qui vivra verra. D’autres pays voient des manifestations éclater, même si leur ampleur et surtout l’attention médiatique qu’ils reçoivent est bien inférieure. Le Yémen et l’Algérie surtout. Des manifestations pro-démocraties s’organisent en Iran, aussi. Les bidouilleurs (je n’emploierai pas le terme « hacker », car même si ce sont bien des synonymes pour moi, des gens élevés par Hollywood sur ce sujet y verraient autre chose) de Telecomix continuent d’être très actifs dans leur soutien aux pays dont Internet est fliqué/censuré/coupé par le régime. L’initiative WeRebuild lancée par eux est, selon leurs termes, un ensemble d’hacktivistes (définition plus loin) du net œuvrant contre la surveillance et censure d’Internet partout dans le monde.
Une définition rapide de l’hacktivisme, maintenant. C’est la contraction de hacker et activisme (sans déconner ?), et ça consiste à mettre ses connaissances et compétences techniques au service d’une cause, généralement politique. Cela ne veut pas dire « former un parti politique de hackers », ni « attaquer les sites des partis politiques qu’on aime pas » ! Il s’agit d’une utilisation plus « propre » des compétences techniques : créations de « miroirs » de sites web (c’est-à-dire que lorsqu’un site se fait censurer, des hacktivistes vont le recréer sous un autre nom), mise à disposition de moyens alternatifs pour se connecter à Internet – comme on l’a vu avec le cas de l’Égypte -, etc. De l’activisme technologique, tout simplement. Ce mouvement prend de l’ampleur un peu partout dans le monde ces derniers temps, grâce/à cause de la Hadopi et LOPPSI en France, de l’ACTA à l’international, puis des révolutions citées plus haut. Les attaques contre Internet se multiplient et gagnent en virulence (et pas que dans des dictatures du Moyen Orient !), ce qui réveille une communauté longtemps restée en dehors du monde politique : les techniciens, les bidouilleurs, ceux qui aiment la technologie et pas parce qu’ils en tirent de l’argent.

Bon, voilà pour le reste du monde. On en oublierai que mon blog est à l’origine un blog perso, censé être dédié à raconter ma vie ! Mais bon, déjà je suis très mauvais à ça, et en plus j’ai vraiment pas grand-chose à raconter ces temps-ci. Et puis, étaler sa vie privée sur Internet n’est pas une très bonne idée par les temps qui courent. Quand à ma vie publique, ben… voiture-boulot-pas assez de dodo. Un peu de sport, et même « pas mal de sport » d’ailleurs, pour ne pas ressembler à l’américain moyen. Un hiver passé en t-shirt – elle est dure, la vie en Californie !  Et pour finir, une inscription à la Dublin City University pour l’année prochaine dont il va falloir s’occuper un de ces 4. Aller à Dublin pour ma dernière année d’études, en plus de me permettre d’avoir un double diplôme qui sera sûrement plus utile à mon égo qu’à ma carrière – il est bien connu qu’être surdiplômé aide, en France -, aura surtout pour conséquence logique de ne m’avoir laissé que 2/3 semaines environ en France, en deux ans. Le retour va me faire tout bizarre ! Cela aura au moins eu pour avantage de me permettre de ne pas avoir à subir la propagande officielle de notre petit président, en direct à la télé. Saviez-vous que l’émission « paroles de français », dans son concept (à savoir une « quasi-coproduction » de TF1 et de l’Élysée), est une chose non seulement unique à la France, mais complètement inimaginable dans n’importe quel autre pays occidental ? L’absence de contradicteur (un journaliste, un adversaire politique…), le contrôle quasiment laissé à l’Élysée du choix des « français représentatifs », ce qui permet de choisir des profils collant parfaitement avec les thèmes adorés du petit Nicolas (quand les autres pays en appellent à un institut de statistiques indépendant pour trouver un panel réellement représentatif, et leur laissent une réelle liberté de parole)… Tout ce qui fait de cette émission un Sarko-show offert par TF1 à 21h serait impensable ailleurs. Ça en dit long, ne serait-ce que sur l’état de servilité de nos médias.
N’ayant pas accès aux chaînes de télé françaises (quand bien même je pourrais les regarder, je ne le ferais pas), je me demande quel traitement médiatique est offert à la grève des magistrats. Petit résumé du pourquoi du comment : un multirécidiviste libéré de prison a assassiné une enfant, Laëticia. Pourquoi ce multirécidiviste était-il libre ? Les facteurs sont nombreux : le manque de moyens et d’effectifs de la Justice en France est un des principaux. Toujours est-il qu’il a été libéré, parce qu’il n’y avait pas d’autre possibilité. Et quand il a tué, il a fallu trouver un bouc-émissaire. Pour détourner la colère du public, pour éviter que l’émotion soulevée attire l’attention sur les problèmes du système judiciaire de notre pays, que dénoncent pourtant les magistrats depuis pas mal de temps. Et bien le bouc-émissaire a été très facile à trouver, pour notre tête de l’exécutif : les juges. C’est eux qui ont fait la faute de libérer le coupable-si-c’est-bien-lui (histoire de dire qu’il respecte la présomption d’innocence, quand il veut attribuer la responsabilité d’une mort à ceux qui ont libéré le suspect). L’état de déliquescence du système judiciaire, dont il est en partie directement responsable ? Fantaisie que cela. M. Sarkozy a promis que les fautifs seraient punis.
J’ai beau ne pas faire partie du système judiciaire, j’ai les boules pour eux (tout comme Dadouche, dans cet article publié sur le blog de Maître Eolas, un célèbre et excellent avocat blogueur). Et eux aussi, sans surprise, ils apprécient pas. Du coup, ils se mettent en grève de partout ; les audiences non-urgentes sont reportées, les tribunaux en grève. Sarkozy n’a jamais aimé la justice (quand on voit le nombre d’affaires où il est impliqué, que ce soit l’histoire de Karachi ou celle de Woerth/Bettencourt, on se demande bien pourquoi), mais trop c’est trop. Pour avoir l’avis de personnes faisant partie de l’univers judiciaire, vous pouvez lire cet article (assez court, contrairement aux miens !) de la très sympathique (un peu de pub !)  Tris Acatrinei (non, je ne sais pas si c’est son vrai nom ou un pseudo) (oui, je sais qu’il y a plus de parenthèses que de mots dans cette phrase), ou l’excellent blog de Maître Eolas, dont les articles sont certes plus longs, mais précis, terriblement justes et surtout, écrits dans un style ô combien plus agréable à lire que le mien !
En tout cas, j’espère pour eux que leur colère et leurs revendications seront entendues. A force, c’est un peu énervant de voir que la seule chose sur laquelle la France se porte bien, et même mieux que les autres, est le gouvernement, où un autre multirécidiviste n’est pas inquiété, ou encore où la personne qui a proposé l’aide de la police française à un dictateur dont le pays l’a vu prendre ses vacances pendant sa révolution (où elle s’est rendue grâce au jet privé d’un ami dudit dictateur) n’a pas à démissionner, etc. C’est rigolo ici quand des américains me parlent de la politique française, ou me demandent pourquoi les français, réputés pour gueuler et faire la grève, ne disent rien face à ça…

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Comment l’Égypte a-t-elle pu couper Internet ?

Cette question en amène plusieurs autres : on pourrait faire pareil en France ? Les USA pourraient-ils couper l’Internet à un autre pays ? Etc. Pour répondre à ces questions, on va commencer par une petite explication sur une partie du fonctionnement du Net 🙂

Comment les différents réseaux composant Internet communiquent-ils entre eux ?

Définissons d’abord ce que j’entends par « un réseau ». On appelle AS, pour Autonomous System (besoin d’une traduction ? 😉 ), un réseau informatique dont « la politique de routage interne est cohérente ». « Hm… Quoi ? », entends-je au fond de la salle… En gros, ça veut dire qu’une même personne (ou groupe de personnes) définit le fonctionnement interne de ce réseau. Pour visualiser ce qu’est un AS, vous pouvez donc vous dire que c’est un réseau de pleins d’ordinateurs qui se relient à Internet en tant qu’une seule « entité », identifiée par un numéro d’AS. Par exemple, un FAI est un AS : tous les clients se relient au réseau du FAI, ainsi que tous les serveurs du FAI… et tout ce petit monde se « branche » aux gros câbles qui relient les différents AS en tant qu’une seule « personne », identifiée donc par un seul numéro.
Ainsi, Internet est composé de pleins d’AS reliés entre eux, chaque AS ne sachant pas vraiment ce qui se passe dans les autres. Les gens qui discutent entre eux à l’intérieur d’un AS n’ont pas besoin de « sortir » de cet AS : les données restent dans le réseau formant cet AS. En revanche, quand A envoie un mail à B, et que A et B n’appartiennent pas au même AS, là il va falloir que la communication trouve son chemin. Les AS auxquels appartiennent A et B peuvent ne pas être reliés directement, etc… Il faut donc un protocole de routage dit « externe » (aux AS) : ce protocole s’appelle BGP, pour Border Gateway Protocol.

Heu, ok… et du coup pour l’histoire de l’Égypte ?

Bien bien. Reprenons ma sempiternelle métaphore des autoroutes. Une ville, c’est un AS : plein de maisons reliées entre elles par des petites routes, et une (ou plusieurs) entrée d’autoroute pour aller vers les autres villes. Les AS sont les villes – une seule personne, le maire, met les panneaux permettant de trouver la maison des autres -, les autoroutes reliant les différentes villes sont les communications entre AS, et les panneaux sur l’autoroute permettant de savoir où sont les autres villes et quelle sortie prendre sont le protocole BGP. Et bien l’Égypte, pour se couper du reste de l’Internet, a effacé de tous les panneaux de l’autoroute les indications menant vers elle, et dans les villes composant l’Égypte, elle a effacé des panneaux les indications menant vers l’autoroute. Imaginez que j’efface de toutes les autoroutes de France toute indication menant à Bordeaux. Comment sauriez-vous quelle autouroute prendre, quelle sortie ? Impossible. Et bien c’est pareil pour Internet, d’autant plus que les paquets IP n’ont pas de GPS 😉
Dans les faits, l’Égypte étant une dictature (sans déconner ?), une « loi » là-bas autorise le gouvernement à appeler les FAI et leur dire « vous coupez tout ». C’est donc ce qui c’est passé. En effaçant toutes les routes BGP menant vers l’Égypte d’Internet – probablement en débranchant quelques câbles, tout simplement -, l’Égypte s’est coupée de l’extérieur ; en coupant les réseaux des FAI, les communications internes ont aussi dû être interrompues. Assez peu d’infos ont filtré là dessus – les détails de comment Internet a été coupé sont secondaires quand on mène une révolution, j’imagine ! -, mais on a pu comprendre un minimum de l’extérieur quand même.

Pour être tout à fait précis, je fais rajouter des précisions sur une autre forme de blocage d’Internet : le filtrage des DNS. Le DNS, pour Domain Name System, est le système qui associe à un « nom de domaine » – comme par exemple http://www.google.com – une « adresse Internet » – une adresse IP, comme 152.231.8.24 (au pif). Pour reprendre encore une fois ma métaphore des villes, le DNS c’est un peu le bottin : faire la correspondance entre le nom d’un ami et son adresse, pour pouvoir lui envoyer des lettres. Si les FAI éteignent leurs DNS, comment joindre un site web (ou n’importe quel autre service d’Internet : serveur mail, msn, irc, etc…) ? Il faut connaître l’adresse IP par coeur. Je pense pas que vous connaissez beaucoup d’IP comme ça ! Filtrer les DNS est un moyen utilisé pour censurer un site web à « petite » échelle (un FAI), en empêchant aux gens qui demandent son IP de l’obtenir, mais si tout le système est éteint, c’est tout l’Internet qui devient injoignable pour les clients d’un FAI – sauf pour les rares choses où les adresses IP sont codées manuellement dans le logiciel, au lieu d’un nom de serveur plus humainement lisible. On peut donc supposer que l’Égypte a coupé ses DNS pour empêcher les égyptiens de discuter entre eux, en plus de ne pas pouvoir discuter avec l’extérieur.
En revanche, couper UNIQUEMENT les DNS aurait été inutile ; les gens de l’extérieur ayant des FAI différents, des FAI dont les DNS marchent encore, ils auraient pu envoyer des mails (par exemple) aux égyptiens, et ces derniers les auraient reçu. Et dans les mails, les étrangers auraient pu donner les adresses IP des sites web principaux, ou même de serveurs DNS non censurés. En effet, rien n’oblige quelqu’un à utiliser les DNS de son FAI : Google propose les siens, par exemple. Tout est configurable, assez facilement, même dans Windows 😉

Et pour les autres questions ?

Les autres, c’était : on pourrait faire pareil en France ? Les USA pourraient-ils couper l’Internet à un autre pays ?
Pour la France, la réponse est « oui et non ». Le gouvernement pourrait demander la même chose aux FAI français – même si la loi ne l’autorise pas (encore) – mais les FAI les enverraient probablement ballader gentiment. Mais rien n’empêche de penser que des lois permettant au gouvernement de formuler de telles demandes seront un jour proposées ! Et si c’était le cas, alors oui, cela pourrait arriver. En revanche, dans un pays comme la France, beaucoup plus riche que l’Égypte, les infrastructures sont beaucoup plus imposantes, les liens avec les pays voisins plus denses, etc… Ainsi, les moyens de contourner une coupure d’Internet à l’échelle nationale seraient plus nombreux. Pour l’Égypte, des FAI étrangers ont ouvert des services qui passent par le réseau téléphonique fixe, comme on le faisait autrefois avec les modems 28K et 56K. Ces réseaux téléphoniques n’ayant pas été coupés, les égyptiens possédant de vieux modem pouvaient encore se connecter à Internet. De même, des radios amateurs ont réussi à établir une liaison Internet utilisant les ondes radio. En France, on pourrait également imaginer les gens habitant près des frontières se connecter aux réseaux sans fil des pays voisins, puis servir de « routeur wi-fi » de proche en proche pour permettre à un maximum de gens d’en profiter. Soit dit en passant, ce genre de « réseau de partage de wi-fi » existe déjà, comme par exemple FON.
Question suivante : un pays pourrait-il en éteindre un autre ? Là, la réponse est non. Enfin, une attaque informatique qui ruinerait les infrastructures des FAI est toujours possible, mais à part ça non, même les USA n’ont pas le pouvoir de déconnecter des pays. En revanche, un pouvoir qu’ont les USA est de « couper » des noms de domaine. En effet, beaucoup de serveurs dit « racine » du système DNS sont américains ou, au moins, dépendent d’organisations ou entreprises US. Ainsi, si une loi leur permettait de faire ça – et des projets ont existé, voire même peut-être existent toujours, je saurais pas le dire -, le gouvernement US pourrait ordonner à ces organisations de couper tous les noms de domaine en « .com », par exemple. Ils pourraient également être un peu plus précis (cibler les clients des organisations ayant un serveur racine DNS selon les critères de leur choix). Mais ce ne serait qu’un blocage DNS, contournable… et surtout, ce serait un acte de guerre aux conséquences immenses : si les US attaquent ainsi un pays, tous les autres se diront « on peut être le suivant ». Avec des pays comme la Russie ou la Chine en face, je pense pas que les USA feront un jour une connerie de cette envergure. Notez néanmoins qu’ils saisissent déjà des noms de domaine, mais individuellement : récemment, Rojadirecta, un site *espagnol* de streaming de vidéos sportives (matchs de foot américain, hockey, et plein d’autres sports), a gagné deux procès en Espagne, les juges ayant reconnu son rôle d’intermédiaire technique. Cela n’a pas empêché les USA de saisir le nom de domaine rojadirecta.org, le serveur DNS principal de .org étant aux États-Unis. Ainsi, rojadirecta.bz (au pif) est encore accessible, mais rojadirecta.org ne l’est plus : à la place, un message du gouvernement américain explique que le nom de domaine a été saisi. L’hébergeur du site étant à l’étranger, les fichiers sont en sécurité : le site lui-même, en tant que fichiers informatiques, est intouché. C’est juste une de ses « adresses postales » qui lui a été retirée.

Voilà voilà ! J’espère que vous avez tout lu et surtout, tout compris. Pour moi, écrire des articles de ce genre est l’occasion de vérifier un peu ce que je dis avant, donc de (re)lire des articles wikipédia ou autres, ce qui est toujours l’occasion d’apprendre de nouvelles choses… J’espère que vous prenez autant de plaisir à lire ces billets que moi à les écrire 🙂

Quelques ressources supplémentaires :
[1] Un excellent article de Stéphane Bortzmeyer sur la coupure d’Internet en Égypte. Pour ceux que ça intéresse, son blog est génial : précis, technique et complet, avec plein de liens en cas de lacunes… sans pour autant devenir trop bourrin et incompréhensible.
[2] Plus de détails sur l’histoire de Rojadirecta, sur le très très bon site d’infos numériques Numerama. Par « infos numériques », ne vous inquiétez pas, rien de technique (enfin, sauf exceptions) : c’est un site d’infos sur tout ce qui touche aux nouvelles technologies dans la société actuelle. Très actif lors de toute l’histoire d’Hadopi, de la LOPPSI, et le reste, par exemple… Mais ne vous re-inquiétez pas, c’est pas non plus que de la politique 😉
[3] Article wikipédia français sur les AS, au cas où.
[4] Article sur le BGP, toujours au cas où.

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Petit résumé des événements ayant eu lieu en Tunisie et en Égypte [MàJ pour l’Égypte le 11 février]

Au vu de l’excellente couverture des révolutions tunisienne et égyptienne par les médias français (et surtout la télé), malheureusement un peu éclipsée par des sujets autrement plus importants comme le hand ou la Star ac’, je me suis dit qu’un petit résumé des infos glanées sur la Toile ne ferait de mal à personne. Je tiens à préciser tout de suite que c’est un résumé, donc ce n’est pas complet ! Ça restera néanmoins probablement mieux que la version de TF1… en tout cas j’espère. Allez, on y va par ordre chronologique.

La Tunisie

Avant les événements ayant conduit à sa chute, Zine el-Abidine Ben Ali (merci Wikipédia pour le nom complet !) a été « président de la République » pendant 23 ans. Entre guillemets, car c’était un bon vieux dictateur des chaumières : opposants politiques torturés, liberté de la presse rangée au fond des chaussettes, et racket de tous les commerces par la famille de sa femme, les Trabelsi. Entre autres. Et donc, malgré la relative « bonne santé » économique tunisienne – vu de l’extérieur -, la réalité était toute autre : une bonne partie de la « classe moyenne », éduquée, était pourtant obligée de vivre de petits jobs. À la corruption des dirigeants s’ajoute de fortes inégalités régionales… Voilà vite fait pour le contexte.
Les « événements » commencent le 17 décembre dernier, quand Mohamed Bouazizi s’imole par le feu. C’était un vendeur de fruits et légumes à la sauvette non autorisé, qui s’était fait confisquer son stock, puis malmener brutalement par la police quand il était venu demander une autorisation d’exercer son job et une restitution de son stock. Ce suicide – Bouazizi meurt début janvier de ses blessures – suscite une grande émotion, principalement dans la classe moyenne dont je parlais plus haut. Cette émotion tourne à la colère ; colère contre la corruption du régime et contre les inégalités régionales, facteurs auxquels s’ajoutent dans la jeune génération de tunisiens des aspirations de liberté. Des manifestations éclatent. Comme dans toute bonne dictature qui se respecte, la répression est dure. Les leaders de la « rébellion » s’organisent et informent l’extérieur via Facebook, Gmail, twitter… Ce qui conduit à des blocages de certains sites, ainsi qu’à un phishing des trois sites cités (et peut-être d’autres) par le gouvernement tunisien.
« Phishing ? C’quoi ça ? » Le phishing, c’est le fait de créer un site ressemblant comme deux gouttes d’eau à un autre – disons, Gmail – pour que les gens croient être sur l’original et y rentrent leur login et leur mot de passe. Ainsi, les gens derrière la copie récupèrent ces informations et peuvent espionner ou détourner les comptes des victimes. Naturellement, ces actes ont rapidement été repérés par des tunisiens ayant des compétences en informatique, ainsi que par les sites concernés, qui ont mis en oeuvre quelques mesures pour renforcer leur sécurité au profit des tunisiens.
Pendant ce temps, dans le monde réel, la police tire à balles réelles sur les manifestants. Des grèves ont lieu partout dans le pays, et la répression de plus en plus dure ne suffit pas à mater le mouvement. C’est à ce moment là, avec plusieurs dizaines de morts à déplorer, que la France propose l’aide de la police française au régime tunisien, pendant que le reste des pays occidentaux condamnent mollement les violences et appellent au calme. Les pays occidentaux ayant soutenu Ben Ali pendant ses 23 ans de dictature au nom d’une realpolitik hypocrite, ils allaient pas condamner ses massacres maintenant !
L’armée tunisienne est mobilisée, mais Ben Ali ne lui ayant jamais vraiment fait confiance, elle est sous-équipée et sous-entraînée, et elle ne prend aucune mesure contre les manifestants. Dans les coulisses, les militaires poussent Ben Ali au départ. Ce dernier tente un discours d’apaisement des foules, promettant de créer 300 000 emplois dans les mois à venir. Cela ne suffit pas : peu de temps après, les journalistes et techniciens de la chaîne de propagande gouvernementale se rebellent et diffusent des appels à la révolte. Le même jour, Ben Ali et sa famille fuient en avion vers Paris, où apparemment la famille de Ben Ali débarque, mais pas Ben Ali lui-même, qui s’envole de nouveau, direction l’Arabie Saoudite cette fois. C’était vraiment émouvant de vivre tout ça en direct sur twitter, au rythme des infos venant de Tunisiens.
Depuis, un nouveau gouvernement a été formé, mais le peuple tunisien réclame toujours le départ de tous les anciens membres du parti de Ben Ali. Organiser des élections maintenant ne ferait que signer le retour des anciens amis de Ben Ali, vu l’absence de structure démocratique – pas de partis, etc. Mais les tunisiens ne se laissent pas faire, les ministres venant de ce qui est maintenant l’ancien régime sont contraints à la démission un par un.

L’Égypte

L’exemple tunisien, relayé par Internet – et par des chaînes d’info comme Al Jazeera… mais pas TF1, étonnamment -, inspirent les égyptiens. Hosni Moubarak est au pouvoir depuis 30 ans, la liberté d’expression est inversement proportionnelle à la brutalité de la police, l’état d’urgence permanent justifie la « justice » arbitraire et la pauvreté est omniprésente, tout comme la corruption et le chômage. Des manifestations éclatent, organisée une fois de plus sur Facebook. La police réprime durement, comme en Tunisie, des tirs à balles réelles finissant par arriver. Néanmoins, l’Égypte va beaucoup plus loin que la Tunisie dans la censure : ils coupent tout l’Internet dans le pays, en ordonnant aux FAIs de « tout éteindre », basiquement (j’ai écrit cet article pour expliquer un peu plus comment l’Égypte a pu couper Internet). Les réseaux de téléphonie mobile (et de SMS donc) sont également touchés dans les grandes villes. Le but de ce blackout des moyens de communication est d’empêcher les manifestants de s’organiser, et aussi de réprimer aussi durement que Moubarak le veut sans que le monde entier ne le regarde.
Parlons-en, du monde entier. Les grands médias mettent beaucoup de temps, une fois de plus, à s’intéresser à cette nouvelle révolution. Les seuls à couvrir proprement les événements sont, une fois de plus, Al Jazeera ; quelques autres chaînes comme CNN reprenant pas mal de leurs infos. Je ne parle même pas de la France. Sur Internet en revanche, tout le monde suit avec beaucoup d’attention via twitter ou IRC. Après le black-out, des moyens alternatifs d’accéder à Internet se mettent en place : Telecomix, un groupe de hackers suédois, aidé de radio amateurs en Égypte, mettent au point une liaison radio par laquelle ils font passer de l’Internet. Ce même groupe, ainsi que FDN, un FAI associatif français, ouvrent un service d’Internet « à l’ancienne », via le réseau téléphonique fixe et des modems 28K ou 56K. Enfin bref, l’Internet trouve toujours son chemin !
La situation ne s’améliorant pas malgré la répression, l’armée est mobilisée. En Égypte, elle est beaucoup plus loyale au régime, mieux équipée et entraînée… mais une fois de plus, elle ne prend pas de mesures contre les manifestants ; au contraire, elle est accueillie dans la liesse par le peuple égyptien. Sentant le vent tourner, des responsables du régime (comme le fils de Moubarak, qui était présenti pour lui succéder, ce dernier ayant plus de 80 ans) et de riches égyptiens fuient en avion. Ce dernier tente la même chose que Ben Ali : un discours pour apaiser la foule. Il parle des problèmes de l’Égypte, promet des solutions, mais critique les manifestations (« la violence n’est pas une solution »), faisant remarquer que ces manifestations n’auraient pas été possibles sans les libertés qu’il a données aux égyptiens – et oui, il a son sens de l’humour. Il limoge également le gouvernement et en nomme un nouveau le lendemain, avec l’ancien chef du renseignement en tant que vice-président.
Cela n’arrête pas le mouvement révolutionnaire ; les militaires ne mettant pas en application le couvre-feu, les manifestations continuent. Dernière tentative en date de Moubarak : la police a évacué le Caire, et des unités de la police secrète mènent des missions de pillage et d’aggression. Le but étant de terroriser la population, qui rappellerait alors Moubarak pour rétablir l’ordre. Les populations se sont donc organisées en milices, aidées de l’armée, pour sécuriser les quartiers et monuments importants – comme le national museum. Voilà où on en est.
[MàJ 5 février] Près d’une semaine plus tard, une petite mise à jour des derniers développements. Dans la suite des raids de « pillards », des « protestants contre-révolutionnaires » pro-Mubarak (en réalité, des anciens prisonniers payés et/ou des membres de la police) s’en sont violemment pris aux manifestants, allant jusqu’à ouvrir le feu avec des fusils, faisant de nombreux blessés et morts. Dans un de ses discours, Mubarak a dit qu »il « voudrait bien partir », mais qu’il ne « peut pas », car sans lui c’est « le chaos ». Pour terroriser le peuple égyptien, il cause donc lui même ce chaos ; l’armée a reçu comme ordre de ne pas intervenir, et semble y obéir. Les manifestants ne prennent néanmoins pas peur et ne quittent pas, entre autre, la place Tahrir (« place de la libération » en arabe, un symbôle).
L’Internet a été rétabli après un discours de Mubarak, dans le double but de sembler faire des concessions et de lancer de fausses informations en ligne. Comme pour les anciens prisonniers payés pour créer du chaos et tuer des gens dans le monde réel, des gens sont payés pour diffuser des messages pro-Mubarak sur Internet. Ces deux tactiques font partie de la stratégie de Mubarak pour reprendre en main la situation.
Toujours part de cette stratégie, la police (en uniforme) est de retour dans les rues du Caire. Les journalistes sont les nouvelles cibles prioritaires : dans les rues, ils sont arrêtés ou violentés ; dans les hôtels, le personnel vient saisir leur matériel. Les locaux d’Al Jazeera (et peut-être d’autres) ont été la cibles de véritables raids. Mubarak cherche à priver l’extérieur d’informations sur ce qu’il se passe au Caire… et ce qu’il se passe, c’est toujours autant de répression. On a ainsi pu voir une vidéo d’une voiture de police passer en trombe dans une rue, renversant plusieurs manifestants…
Aujourd’hui, Mubarak a annoncé sa démission, non pas en tant que président, mais en tant que chef du parti au pouvoir. On peut voir ça comme une tentative de compromis, encore une fois, ou autrement… Le Times semble dire qu’Obama supporte l’idée d’une transition démocratique menée par le général Soleiman, l’actuel vice-président. Mais les promesses et concessions de Mubarak, tout comme la girouette diplomatique américaine et le toujours aussi honteux silence radio français n’intéressent pas les égyptiens. Mubarak s’accroche au pouvoir par tous les moyens, les pays étrangers n’ont que faire des égyptiens et ne pensent qu’à leurs intérêts propres (tous les beaux discours sur la démocratie étant du joli pipeau) ; les égyptiens, eux, veulent la démocratie et ne semblent pas prêts à chercher un terrain d’entente avec un dictateur, que ce soit Mubarak ou Soleiman. Voilà pour la mise à jour.
[MàJ 11 février] Après un dernier discours où il annonçait vouloir rester jusqu’en septembre et résister aux pressions extérieures, Moubarak a finalement démissionné aujourd’hui, laissant le pouvoir à l’armée. C’est donc passer d’une dictature à une autre, mais c’est un début. Il faut maintenant espérer que les égyptiens réussissent à établir une vraie démocratie dans les semaines/mois à venir, et ne retombent pas juste sous la coupe d’un nouveau dictateur comme Soleiman – malgré le soutien des USA envers ce dernier.

Voilà ! J’espère que je vous ai appris deux trois trucs sur ce qui s’est passé en Tunisie, et ce qui se passe en ce moment même en Égypte. La couverture médiatique étant minable, et la réaction de nos politiciens encore pire, informer un peu les gens est le moins qu’on puisse faire ! On pourra également noter au passage l’importance vitale qu’a eu Internet dans ces deux mouvements. Les deux révolutions ont pris leur source dans le monde réel, et non pas sur WikiLeaks ou autre… mais elles se sont organisées, et ont communiqué avec l’extérieur sur le Net. Ce dernier a été la première cible du gouvernement pour tenter de tuer les mouvements révolutionnaires, l’Égypte étant allée jusqu’à le couper intégralement. Cela fait regarder d’un nouvel oeil les lois qui s’enchaînent en France – comme ailleurs, dans une moindre mesure – dans le sens d’un contrôle de plus en plus serré d’Internet… Un Internet libre et neutre est, aujourd’hui, une condition nécessaire à une démocratie saine, et cette idée s’est attirée de nombreux ennemis ; on l’a vu dans les événements récents… et j’espère qu’on aura pas à en avoir la démonstration chez nous, mais ça pourrait bien arriver.
Allez, promis, les prochains billets seront sur des sujets moins sérieux 😉

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Les USA, le pays de la voiture… mais pas de la conduite

Jeudi dernier, j’ai enfin passé mon permis californien ! En effet, comme dit dans un vieil article, le permis de conduire français n’est pas valable aux États-Unis. Ou pour être plus précis, il est valable pendant un certain laps de temps après l’arrivée sur le territoire (3 mois pour les touristes, apparemment), mais l’idée est juste de laisser du temps aux nouveaux arrivants pour passer le permis US. Bon, gland comme je suis, j’ai mis 6 mois pour passer mon permis, forcément. Mais maintenant que c’est fait, mes conclusions sur la driving license américaine…

C’est rapide et facile

Je dirais même plus, c’est terriblement efficace. Déjà, précision : ici, pas d’auto-écoles privées, juste le DMV – Department of Motor Vehicles. Tout se fait là : passage de permis, déclaration de vente/achat de véhicule, etc… Résultat de cette centralisation : une queue qui fait le tour du bâtiment à toute heure de la journée. Mais en dehors de ça, passer son permis est incroyablement rapide :

  1. premier passage au DMV : vous remplissez un papier de demande de passage de permis. Nom, prénom, numéro de sécurité sociale, ce genre de choses.
  2. toujours au premier passage au DMV : vous demandez à passer le test écrit (le code). Pas de cours obligatoires à suivre, que dalle : une petite queue de 3 minutes, on vous file un QCM de 40 questions (3 choix à chaque question). Les questions sont basiques, du bon sens même pour la plupart. Quelques questions sont surprenantes, mais il y a pas de piège globalement. En 10 minutes, c’est fini : à vous le code. Si vous avez un permis de conduire d’un autre pays, et qu’une personne parlant la langue de ce pays est là, vous repartez directement avec un permis provisoire !
  3. Vous prenez rendez-vous pour passer le test de conduite. Temps d’attente : 2 semaines pour moi. Le jour même, vous retournez au DMV, faites une queue séparée du reste (donc quelques minutes à peine), vous attendez ensuite dans votre voiture (c’est à vous d’amener la votre) qu’un examinateur arrive. Une fois arrivée, deux trois checks de l’état du véhicule (clignos qui fonctionnent, etc), deux questions vite fait (« montrez-moi comment allumer le dégivrage » était la plus dure) et c’est parti.
  4. Le test de conduite itself : un petit tour de 15 minutes maximum dans les alentours du DMV. La seule manoeuvre demandée : s’arrêter le long d’un trottoire et faire une marche arrière tout droit. Une fois rentrés au DMV, si vous avez pas tué trop de monde, on vous annonce directement que vous avez votre permis. Vous refaites la queue du début pour qu’on vous file un permis provisoire, qui est valable jusqu’à ce que la jolie carte arrive par la Poste, ce qui prendra apparemment 4 à 6 semaines.

Et voilà. En 2 semaines, pour un prix total de 30$ (frais de dossier), vous avez votre permis. 0 cours de code, 0 cours de conduite. Repasser le test de conduite en cas – improbable – d’échec coûte 6$. À côté du prix exhorbitant du permis français, c’est à peine croyable ! Bon, c’est beaucoup trop facile et ça explique la quantité de dangers publics sur les routes US aussi, du coup. Parce que ça manque pas ! Du « je change de voie sur la freeway dès qu’il y a 2m entre deux voitures, et sans mettre de clignos parce que c’est trop facile » au « j’attends la dernière seconde quand ça n’avance plus pour piler et m’arrêter »… et j’en passe. J’imagine que pour les américains, le droit d’avoir une voiture (et c’est nécessaire pour presque tout ici) passe avant la sécurité routière. En France, dans les grandes villes au moins, les transports en commun sont denses et accessibles, entre les villes les trains vont vite, et le pays ne couvre pas 3 fuseaux horaires… La nécessité de la voiture est moindre. Culturellement, on est peut-être moins un « pays de la voiture » aussi. Toujours est-il qu’on a là un point sur leque les USA et la France sont aux antipodes l’une de l’autre : en France, comme dans tant d’autres domaines, les routes sont fliquées, surveillées par des radars… et aux US, chacun à le droit de posséder son gros pick-up remplis de flingues et de s’en servir !

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Devenir un ninja gratuitement

Un des outils de stats de WordPress accessible gratuitement indique les recherches qui ont le plus mené sur le blog. Et qu’est-ce que je vois dans mon dashboard ? « Orange réponse Cogent » – ok, logique – et… « qu’est-ce qui rime avec California », orthographe corrigée bénévolement pour votre bien.
Pas mal. Y a déjà eu mieux, j’avais oublié d’en parler à l’époque, mais quand même pas mal. Pour ceux qui veulent rigoler un peu plus, voici un site rencensant des recherches loufoques ayant déjà amené sur un site : http://devenirunninjagratuitement.tumblr.com/

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